Plus rapide que le suicide

Le roman de Philippe Adam se lit en deux secondes, moins qu’il n’en faut pour passer par la fenêtre. Un clin d’œil et la jeune japonaise s’est suicidée.
C’est l’histoire d’un homme, probablement psychologue, qui reçoit une jeune japonaise à l’ambassade du Japon à Paris. La jeune japonaise s’est suicidée. Il cherche à dire ce qui a cloché dans l’aide qu’il lui a pourtant proposée.
La jeune japonaise est venue à Paris pour une thèse. On ne sait pas grand-chose d’elle, si ce n’est qu’elle semble se plaindre de ne pas avoir d’amis. Les hommes à qui elle enseigne le japonais ont tendance à la poursuivre de leur assiduité. Continuer la lecture de « Plus rapide que le suicide »

Mat syndrome et crise suicidaire

Le « Mat syndrome » dans la crise suicidaire, est une idée issue du travail des écoutants de SOS Dépression, d’Urgences Psychiatrie et de La Note Bleue, à partir des appels d’adolescents suicidaires.

Ce beau travail mérite d’y apporter une attention soutenue, ainsi qu’une large diffusion. Les auteurs, G. Tixier et A. Meunier 1, ont inventorié les réponses des appelants suicidaires en espérant pouvoir en tirer des portraits. Les auteurs ont mis à jour six types d’appelants avec des portraits extrêmement différents. Ces portraits correspondent à des phases par lesquelles passe un même individu dans sa trajectoire suicidaire. Ils l’ont appelé le Mat Syndrome.

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Le savoir du psychanalyste

Lacan J., version ALI

Le 4 novembre 1971

Du point de vue de la jouissance, le seul acte qui soit achevé, pas raté, c’est le suicide. C’est pourquoi le suicide mérite objection.

« La dimension dont l’être parlant se distingue de l’animal, c’est assurément qu’il y a en lui cette béance par où il se perdait, par où il lui est permis d’opérer sur le ou les corps, que ce soit le sien ou celui de ses semblables, ou celui des animaux qui l’entourent, pour en faire surgir, à leur ou à son bénéfice, ce qui s’appelle à proprement parler la jouissance ».

(…)

« Il est plus étrange de voir que Freud, à ce niveau, croit devoir recourir à quelque chose qu’il désigne de l’instinct de mort ».

(…)

« Si, à procéder, ainsi pourtant, je pense tout de même qu’il y a une réponse, il n’est pas forcé que pour lui, plus que pour aucun d’entre nous, il ait su tout ce qu’il disait. Mais, au lieu de raconter des bagatelles autour de l’instinct de mort primitif, venu de l’extérieur ou venu de l’intérieur ou se retournant de l’extérieur sur l’intérieur et engendrant sur le tard, enfin se rejetant sur l’agressivité et la bagarre, on aurait peut-être pu lire ceci, dans l’instinct de mort de Freud, qui porte peut-être à dire que le seul acte, somme toute – s’il y en a un – qui serait un acte achevé – entendez bien que je parle, comme l’année dernière je parlais, d’Un discours qui ne serait pas du semblant, dans un cas comme dans l’autre il n’y en a pas, ni de discours, ni d’acte tel – cela donc serait, s’il pouvait être, le suicide.

C’est ce que Freud nous dit. Il nous le dit pas comme ça, en cru, en clair, comme on peut le dire maintenant, maintenant que la doctrine a un tout petit peu frayé sa voie et qu’on sait qu’il n’y a d’acte que raté et que c’est même la seule condition d’un semblant de réussir. C’est bien en quoi le suicide mérite objection. C’est qu’on n’a pas besoin que ça reste une tentative pour que ce soit de toute façon raté, complètement raté du point de vue de la jouissance. Peut-être que les bouddhistes, avec leurs bidons d’essence – car ils sont à la page – on n’en sait rien, car ils ne reviennent pas porter témoignage ».