La source du désir de la mort se trouve dans le malaise du sevrage….

Dans un texte précoce, « La famille : le complexe, facteur concret de la psychologie familiale. Les complexes familiaux en pathologie » (1938, paru dans Autres écrits), Jacques Lacan aborde la psychogenèse du suicide.

Lacan distingue quatre formes de suicide : « les conduites forcées », le « suicide primordial non-violent » et les « réactions-suicide au masochisme primordial » et le suicide comme « comportement d’identification » dans la « névrose d’auto-punition ».

Dans ce texte, la fonction imaginaire est prévalente et les mécanismes d’identification sont essentiels. Le passage à l’acte suicidaire peut se produire à tous les stades d’élaboration de l’objet. C’est ce que nous allons examiner à travers les diverses étapes du développement normal de l’enfant.

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Lors du suicide, le sens le plus élevé de l’amour se perd déjà !

Dans « le manuscrit N. 1 », rédigé en 1897, Freud évoque le désir de mort de l’enfant à l’égard de ses parents. C’est un texte précoce dont l’intérêt est pourtant grand dans la mesure où y sont exposé des idées dont on retrouvera les traces ultérieurement dans les textes freudiens.

Freud évoque Goethe : « le mécanisme de la création poétique est le même que celui des fantasmes hystériques. Goethe prête à Werther quelque chose de vécu : son propre amour pour Lotte Kästner et, en même temps, quelque chose dont il a entendu parler : le sort du jeune Jérusalem qui se suicida ». Donc, un élément composite qui allie un fait personnel et un fait réel dont Goethe a eu connaissance du côté du jeune Jérusalem.

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Ce qui manque au champ de l'Autre……

Etudier un roman 1 est une excellente façon d’étudier le suicide quand on voit comment Lacan a su tirer avantage de Hamlet dans « Le désir et son interprétation 2 ». Déjà, dans ce séminaire, Lacan élabore le suicide comme un « suprême effort de don » du phallus à l’idole, le grand Autre qui a ce dont le sujet manque. Pour Hamlet en l’occurrence, c’est un suprême effort de don à sa mère.

Nikita Khrouchtchev, « le congrès secret » du 25 02 1956

Car, la scène finale dans laquelle Hamlet meurt à l’issue d’un duel contre Claudius, est une sorte de gigantesque passage à l’acte suicidaire. Après avoir très longtemps hésité. Et, comme le souligne Lacan, alors que Hamlet a déjà eu l’occasion rêvée de tuer Claudius, il est longtemps resté inhibé quand à l’acte.

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Le signe d'un suicide, Roland Barthes

L’empire des signes est un livre assez exceptionnel dans lequel Roland Barthes fait état de ses impressions lors d’une visite au Japon. Le livre est dédié à Maurice Pringuet. Barthes commente plusieurs points de la vie sociale des Japonais comme l’écriture, la politesse, le jeu de pachinko, les repas, la cuisine, le théâtre (bunraku), où l’architecture des villes japonaises.

L’idée centrale est que le sujet japonais serait « vide » conformément aux principes du zen et contrairement au sujet oriental qui serait gonflé de sa théologie. Il en découlerait que le sujet japonais quand il parle, ne produit que des signes opposés au baratin existentialiste infatué du soi des occidentaux.

Barthes le montre très bien dans la cuisine japonaise. Celle-ci est faite de la désignation de l’aliment par les baguettes, sa séparation et sa distinction.

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Le Shinju : mourir d’amour au Japon

Le théâtre et la littérature japonaise regorgent d’ouvrages racontant des récits de suicide de couple amoureux, un suicide appelé shinju. Citons le recueil de Shohoken qui témoigne de la sympathie des auteurs japonais à l’égard des amants désespérés1, ou encore, les Contes d’amour des samouraïs, par Saikaku2.

Pringuet3 s’est intéressé à cet aspect de la culture japonaise. Ces récits sont marqués par des traits précis. Qui sont autant de constantes de la trame dramatique de ces histoires. Ce sont le plus souvent des amours contrariés par les familles. Des versions japonaises de Roméo et Juliette.

Pringuet met en évidence certains de ces traits qui s’avèrent utiles pour l’approche du suicide.

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La cause et l’effet

« Les meilleurs meurent souvent de leur propre main
Juste pour se libérer
Et ceux qui restent
Ne comprennent jamais vraiment
Pourquoi
On voudrait
Se libérer
D’eux ».

Charles Bukowski
Poème extrait du recueil Le ragoût du septuagénaire (1999), éditions Grasset et Livres de Poche, traduction de Michel Lederer

Lecture japonaise du suicide contre aperçu occidental, selon Pringuet

Pringuet, bien que sociologue et historien, s’appuie largement sur les apports de la psychanalyse et en particulier sur l’enseignement de Lacan. Nous avons vu précédemment que Pringuet interprète les fondements culturels de la famille japonaise sous l’angle unique du désir de la mère avec ce que cela entraîne pour la question de la faute et de la responsabilité.

Le prédicat de cette logique serait justement une sorte de forclusion, « l’absence du non du père », comme Pringuet le dit lui-même : « la mère japonaise est si gratifiante, si peu interdite par le non du père qu’un enfant ne pourrait contrôler sa jalousie à l’égard d’un petit frère venu la lui ravir, si l’on ne prenait grand soin d’établir entre eux des différences de hiérarchie et d’expliquer à l’aîné la supériorité qui lui est acquise par son âge et par sa sagesse i».

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Le symptôme suicide japonais, selon Pringuet

Pringuet est orienté vers la recherche d’un sens (qui soit culturel) pour le suicide dans l’histoire du Japon. Il veut dégager les différentes signification du suicide au fil des époques historiques que le Japon a traversées.

Dans une première étape, il a commencé par se démarquer de la science médicale pour en dénoncer la sottise. À l’opposé, le suicide de remontrance (Kanshi), est un acte tout entier inscrit dans l’opinion générale, la rumeur et dont la signification paraît tout particulièrement politique.

Il est évident que Pringuet nuance et qu’il ne se limite pas à schématiser les formes de suicides selon une bipolarité trompeuse. Il ne mentionne la typologie de Baechler que pour en dénoncer l’insuffisance quand elle se trouve appliquée au Japon. Cette classification arbitraire des caractères des suicides par Baechler, n’habille pas toutes les formes que le suicide prend dans l’histoire du Japon. Il lui faut d’autres vêtements.

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Pringuet : le sottisier médical et la bosse du suicide

Pringuet privilégie et revendique la complexité pour la compréhension du suicide. Pour lui, le suicide est « un symptôme dont le sens doit être compris avant d’y remédier ».

Sage précaution !

Notre époque médicale est dans une phase où règnent les neurosciences et le cognitivisme. En matière de suicide, nos vaillants chercheurs en neurosciences ne désespèrent pas de trouver LA zone cérébrale du suicide ou LE gène qui commanderait au suicide. Non exempt d’enjeux commerciaux, l’IRM est une machine qui coûte très cher, les tests de biologie ont aussi un coût non négligeable, cette tendance forte de la médecine est aveuglée par le profit qu’elle pourrait retirer d’une telle découverte.

Et c’est pour cela que l’approche de Pringuet est salubre. Ne pas oublier les leçons de l’histoire de la médecine et de la pensée, nous introduit à la prudence. Et Pringuet de dénoncer le « sottisier médical » en matière de suicidologie.

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Le suicide, pur signe

Les années 80 sont une période féconde pour l’étude du suicide au Japon. Jugez-en !

Nous avons : la traduction en français des quatre romans ultimes de Mishima i, l’essai de Marguerite Yourcenar ii sur Mishima, « l’empire des signes » de Roland Barthes iii et surtout l’étude de Pringuet iv. Lacan avait tenu son séminaire sur l’écriture, particulièrement la calligraphie orientale : « d’un discours qui ne serait pas du semblant » en 1971.

Tout cela est évoqué par Pringuet dans son livre sur le suicide au Japon. Il nous y donne une définition du signe et de son usage au Japon.

À partir de 1868, les privilèges du samouraï furent abolis l’un après l’autre par décret impérial. À la place, la dynastie impériale devient une sorte de « mythologie solaire v». Il s’installe alors une sorte de double législation dans l’esprit des Japonais les plus chauvins.

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