Le signe d'un suicide, Roland Barthes

L’empire des signes est un livre assez exceptionnel dans lequel Roland Barthes fait état de ses impressions lors d’une visite au Japon. Le livre est dédié à Maurice Pringuet. Barthes commente plusieurs points de la vie sociale des Japonais comme l’écriture, la politesse, le jeu de pachinko, les repas, la cuisine, le théâtre (bunraku), où l’architecture des villes japonaises.

L’idée centrale est que le sujet japonais serait « vide » conformément aux principes du zen et contrairement au sujet oriental qui serait gonflé de sa théologie. Il en découlerait que le sujet japonais quand il parle, ne produit que des signes opposés au baratin existentialiste infatué du soi des occidentaux.

Barthes le montre très bien dans la cuisine japonaise. Celle-ci est faite de la désignation de l’aliment par les baguettes, sa séparation et sa distinction.

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L’anti-politique du suicide

Pour répondre à la question du suicide comme acte politique, il faudrait parvenir à montrer que cet acte transforme l’opinion publique, change les esprits, modifie le monde dans lequel nous vivons. C’est-à-dire distinguer entre la visée de l’acte (par le sujet) et son effet (public, dans l’Autre, les discours ou la réalité).
Quoi qu’en dise Carlos Ghosn, ou plutôt, quoiqu’il en veuille, les suicides en série chez Renault au Technocentre, dans leur répétition même, par leur aspect cumulatif, ont eu au moins cet effet de le contraindre à proposer des mesures pour le groupe. Continuer la lecture de « L’anti-politique du suicide »

D'un acte qui ne soit pas politique ?

L’acte politique d’après Arendt, peut aussi bien conduire à une répétition mortelle qu’à une création. Pour le suicide, nous tombons sur une double division pour l’acte.

La fausse distinction entre un suicide qui échoue et un suicide qui réussit, renvoie à la différence entre un acte répète l’existant, qui reproduit sans modifier les choses, qui ne change rien, et un acte qui prend une signification nouvelle, un acte créateur de signification susceptible d’une reprise dans l’opinion publique, d’un changement dans le discours, un acte qui a un effet de signification valable pour tous. C’est-à-dire, un acte qui a une portée politique. Continuer la lecture de « D'un acte qui ne soit pas politique ? »

Les deux appels de l’acte : inédit et pensée

Arendt cherche surtout une définition de l’acte qui ait une portée politique. Nous cherchons à en voir l’intérêt pour le suicide.

Politique ? 

C’est-à-dire qui touche à l’universel, nous concerne. Non pas une partie des hommes, une faction, un groupe politique, une classe sociale ou une individualité, un Roi, un tyran, un leader. Une action politique qui pourrait atteindre tous les hommes et les mobiliser. En ce sens, elle porterait au-delà de l’individu qui en est l’auteur. C’est tout le paradoxe d’un acte particulier dont les effets seraient universels.

A ce niveau, la recherche d’Arendt ne serait-elle pas une utopie ? Continuer la lecture de « Les deux appels de l’acte : inédit et pensée »

L'homme est libre parce qu'il est un commencement !

Il s’agit de cerner la définition de l’acte formulée par Hannah Arendt. Un acte dans sa dimension politique. J’ai déjà évoqué son côté fondateur, un acte est un début dans la mesure où il tranche avec un passé.

C’est aussi quelque chose d’indépendant de la volonté simple. Il ne suffit pas de vouloir. Car la volonté est divisée en elle-même en deux parties. Cette division est « monstrueuse » et cache un conflit mortel, dit Arendt.

Enfin, la volonté sépare le sujet de la pensée et du savoir.

Fonder la liberté d’un acte sur la seule volonté, c’est faire de la volonté un pouvoir qui devient oppresseur Continuer la lecture de « L'homme est libre parce qu'il est un commencement ! »

Vouloir ou ne pas vouloir…..

Il s’agit de cerner ce que représente l’acte pour Hannah Arendt 1.

Pour elle, l’acte est politique. Mais dans quelles conditions ? Quelles en sont les éléments nécessaires ou contingents ?

Nous venons de voir que l’acte peut signifier un commencement, un début, une fondation, un changement, une nouveauté ou une ouverture vers l’avenir. Pour certains, il est révolutionnaire.

Ce qui est est une assertion tout à fait paradoxale en ce qui concerne le suicide. Continuer la lecture de « Vouloir ou ne pas vouloir….. »

Un acte public ou privé ?

Vient une question sur l’acte à propos du suicide. Peut-on le considérer comme une fin, un terme, la borne d’un parcours qui marque le point d’achèvement d’un projet ? Le suicide peut-il avoir une direction, désigner un point vers lequel il va tendre et vers lequel l’acte sera orienté ? Ce point est-il politique ?

La lecture de Hannah Arendt, en particulier La crise de la culture conduit à cette remarque. Essentiellement politique, l’acte est un début. Il est fondateur et tranche sur ce qui précède. Ce n’est pas le terme d’un parcours dont il serait possible de déduire la fin. Au contraire, il tranche sur ce qui précède. Continuer la lecture de « Un acte public ou privé ? »

Le suicide est une injustice contre la Cité

« De plus, lorsque, contrairement à la loi, on fait de plein gré du tort à quelqu’un qui ne nous en a pas fait, on commet une injustice; et on le fait de plein gré si l’on sait à la fois qui l’on veut léser et par quel moyen. Or si quelqu’un, sous l’emprise de la colère vient de lui-même à s’étrangler, il accomplit ce geste contrairement à la raison droite, que ne permet pas la loi, donc, il fait preuve d’injustice, mais envers qui ?

Envers la Cité, sans doute, mais pas envers lui-même, car s’il consent à subir un dommage, nul en revanche ne consent à subir l’injustice .

C’est précisément pourquoi la Cité punit le suicide et qu’une forme de déshonneur s’attache en outre à celui qui s’est détruit lui-même, comme au coupable d’une injustice envers sa Cité ».

Aristote, Ethique à Nicomaque, Le Monde de la philosophie, Paris, Flammarion, traduction R. Bodeus, 2008, 208

L’analyse est très subtile. Elle a pour principe le cas de quelqu’un animé de colère contre autrui, contre une apparente injustice d’autrui dont il se croit victime. Si, au lieu de céder à la colère, il avait correctement délibéré et suivi sa « raison droite », il aurait dû réagir en demandant justice. Mais aveuglé, il s’imagine qu’en se tuant lui-même, il va punir autrui; ce qu’il fait sur le coup.

Il commet alors une autre injustice envers la cité et que ne permet pas la loi. Alors que la première injustice n’est encore punie par la Cité.

Aristote explique que certes, l’intéressé consent à subir lui-même la mort, parce que son souhait est, en réalité, de faire du tort à un autre. C’est en raison de ce souhait qu’il fait preuve d’injustice, et la Cité punira ce dommage.

Façons tragiques de tuer une femme, par Nicole Loraux

Le livre de Nicole Loraux, Façons tragiques de tuer une femme[1] tranche très franchement d’avec ce que nous avons l’habitude de lire dans les revues psychiatriques. C’est un point de vue qui n’est ni naturaliste, ni hygiéniste.

Le livre se présente comme une tragédie précédée de la distribution des rôles, une présentation succincte de la biographie des personnages mythiques grecs. Puis, vient « Façon tragique », soit la tragédie du meurtre des femmes dans le théâtre de la Grèce antique. Celles-ci ne sont libres que pour autant que les normes viriles sont respectées. Loraux nous explique comment. Continuer la lecture de « Façons tragiques de tuer une femme, par Nicole Loraux »

Sourire ou mourir !

Rien n’est réel,
rien n’est vrai,
tout est pensée,
il suffit de travailler les expressions de son corps,
il suffit de penser autrement pour que la réalité change,
etc….
c’est du délire !
Voilà l’essentiel de la pensée positive, bien plus répandue qu’il n’y parait. Cette idéologie du bonheur à tout prix mène les hommes à leur perte.
La vidéo de Barbara Ehrenreich ci-dessous l’illustre à la perfection